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Des pierres précieuses pour une éthique 24 carats

Le monde change. L’éthique, on en entend parler depuis Spinoza et cela restait une philosophie lointaine. Et puis petit à petit, à pas de fourmi, l’Humanité grandit. Il faut dire qu’elle grandit d’autant plus vite qu’elle voit un mur qui lui fait front. Le monde des artisans bijoutiers est comme l’Humanité. L’excellence, le savoir-faire et le beau étaient les mots qui animaient les doigts du bijoutier qui sertit une bague de ses pierres.

Le plus important, l’essentiel, c’était que cette pierre, topaze, émeraude et diamant, devait être la plus parfaite. Le bijoutier sait qu’il sera toujours un peu incompris. C’est un artiste qui est condamné au luxe quand il veut tutoyer les plus belles pierres de la planète. Évidemment, il sait aussi que le sourire d’une jeune fille qui reçoit une bague plus modeste de son étudiant d’amoureux n’a pas de prix. Alors, le rapport qualité/prix a fait de l’artiste un commerçant qui sait aujourd’hui aussi se démarquer sur Instagram. Étions-nous utopistes, rêveurs ou simplement égoïste? Nous ne savions pas et quand nous recevions les pierres dans notre boutique qu’elle soit à Anvers, New York ou Oran, elle se transformait en Sixtine où la nature nous offrait ses créations. Et puis avec le temps, nous nous sommes demandés d’où elles venaient ? Une fois que nous avions tiré la ficelle, nous avons découvert que le plus beau diamant du monde avait son prix en sang et son coût environnemental. Bien aidés par les ONG, nous avons mis en place des circuits éthiques où nous pouvions travailler des pierres qui n’impliquaient pas que nous soutenions la polymorphe barbarie. Aujourd’hui, aucun bijoutier ne peut dire qu’il ne sait pas.

C’est quoi un bijou éthique ?

La chose la plus simple et la plus difficile est de savoir d’où viennent les pierres précieuses. Ce qui parait simple est complexe. Une pierre précieuse passe de main en main et entre la personne qui l’a trouvée et le bijoutier, il peut y avoir des dizaines d’intermédiaires. La traçabilité est donc la pierre angulaire d’un commerce éthique des pierres précieuses, car tout part de là : respect des droits de l’homme, zone de guerre, droits des enfants, droit du travail, écologie, environnement… Tout ce qui nourrit le sens éthique dépend du lieu d’extraction du diamant. L’ONU a largement combattu ce qu’on appelle les diamants du sang. Aujourd’hui, une loi internationale sur l’interdiction d’achat des diamants venants de zones de guerre a été signée par les pays de l’Organisation des Nations Unies. Le problème, c’est que des passeurs peuvent bien prendre des diamants venant de ces zones et berner les bijoutiers. Il est nécessaire aujourd’hui que la pierre soit accompagnée d’une fiche d’identification dûment fournie qui garantit son origine. Cette pièce doit être fournie aux clients finaux. Trouvez un fournisseur fiable est donc une nécessite absolue. Il ne faut pas non plus se mentir. Les clients ont été essentiels pour faire changer les mentalités. À force de recevoir des clients demandant la provenance des pierres et de l’or, les bijoutiers ont dû s’adapter. En fait, notre profession a dû s’opposer à un blanchiment comme les casinos en ligne ou les banques. Sauf que pour nous, ce n’était pas de l’argent sale, mais des pierres précieuses sales. Au fil du temps, des labels,se sont imposés. Ils  ont été validés par l’ONU et les ONG qui surveillent avec attention le commerce des pierres précieuses.

Pour avoir des certitudes, les bijoutiers ont appris à se méfier des multinationales qui montraient patte blanche en laissant le sale boulot à ses fournisseurs. Le problème, c’est que les multinationales, en imposant des prix d’achat trop bas, exigent de fait que les directeurs des mines deviennent des esclavagistes. C’est le même principe qu’Apple ou Nike qui baissent tellement le prix de fabrication pour optimiser leurs profits, que leurs fournisseurs ne peuvent pas garantir des conditions de travail digne à leurs employés, sans même parler du salaire. Et on a vu de nombreuses multinationales se fournir dans des mines où le travail des enfants était quotidien. Les bijoutiers, comme nous, se sont tournés vers des coopératives indépendantes garantissant un salaire de base minimum, des horaires de travail maximum et interdisant le travail des enfants. La sécurité des mines est aussi surveillée. Le respect de l’environnement est au cœur de la charte. Aujourd’hui, nous sommes fiers d’être des bijoutiers militants et d’offrir à nos clients notre savoir-faire et un monde meilleur. Nous ne jouons plus à la roulette ou au poker avec des multinationales qui pensent que la vie des gens ou des animaux compte moins qu’un dividende…

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